Un citronnier se greffe en mai-juin, quand la sève monte et que l'écorce se décolle facilement, ou en fin d'été à œil dormant. La greffe en écusson est la plus simple et la plus fiable : elle consiste à glisser un bourgeon sous l'écorce d'un porte-greffe fendue en T.

Pourquoi greffer un citronnier ?

Le greffage répond à trois besoins que ni le semis ni le bouturage ne couvrent.

Gagner cinq ans sur la fructification. C'est la raison principale. Un greffon prélevé sur un arbre adulte transmet sa maturité au porte-greffe : le sujet greffé produit en deux à trois ans, contre six à huit pour un semis.

Garantir la variété. Le citronnier n'est pas fidèle par semis. Un pépin de Meyer ne donne pas nécessairement un Meyer. La greffe reproduit exactement la variété du pied mère, fruits compris. Notre comparatif sur quel citronnier et quel pot choisir passe en revue les variétés adaptées à la culture en contenant.

Choisir la résistance racinaire. C'est l'aspect le moins connu et pourtant le plus déterminant en culture en pot. Le porte-greffe apporte sa rusticité au froid, sa tolérance au calcaire et sa résistance aux maladies du sol, indépendamment de la variété greffée dessus.

Un quatrième usage, plus pratique : rattraper un plant de semis qu'on a fait pousser soi-même. Plutôt que d'attendre huit ans, greffez-le dès qu'il atteint le diamètre d'un crayon.

Faut-il greffer un citronnier pour avoir des citrons ?

Non, mais dans les faits presque toujours, et la nuance mérite d'être expliquée.

Un citronnier non greffé, issu de pépin, finit par produire des citrons. Le problème est le délai, six à huit ans minimum, et l'incertitude sur la qualité des fruits, qui peuvent être petits, très acides ou peu juteux.

Un citronnier greffé produit en deux à trois ans, avec des fruits conformes à la variété. C'est pourquoi la totalité des sujets vendus en jardinerie sont greffés.

Le greffage n'est donc pas une nécessité biologique mais un raccourci considérable. Si vous achetez un citronnier, il est déjà greffé et vous n'avez rien à faire. Si vous avez fait germer un pépin, comme l'explique notre guide sur comment faire pousser un citronnier à partir d'un pépin, la greffe devient le geste qui transforme une expérience en arbre productif.

Quelle est la bonne période pour greffer un citronnier ? Quel mois ?

Deux fenêtres fonctionnent, et elles ne donnent pas le même résultat.

La greffe de printemps, entre mai et juin, est la plus favorable. La sève monte activement, l'écorce se décolle sans effort, et le bourgeon démarre dans la foulée. C'est ce qu'on appelle la greffe à œil poussant : vous voyez la reprise en trois à quatre semaines.

La greffe de fin d'été, entre août et septembre, se pratique à œil dormant. Le bourgeon se soude à l'automne mais ne démarre qu'au printemps suivant. Elle demande plus de patience mais offre un avantage : si elle échoue, vous pouvez recommencer au printemps.

Le critère décisif n'est pas la date mais l'état de l'écorce. Faites le test : entaillez légèrement le porte-greffe en T. Si l'écorce se soulève facilement et proprement, la sève circule et c'est le moment. Si elle résiste ou se déchire, attendez.

Comptez aussi sur des nuits autour de 15 à 20 degrés. En dessous, la soudure se fait mal.

À éviter absolument : la pleine canicule, qui dessèche le greffon en quelques heures, et l'automne tardif, où le froid arrive avant la soudure.

Quelle est la greffe la plus facile pour un citronnier ?

La greffe en écusson, sans hésitation. C'est celle que pratiquent tous les pépiniéristes sur agrumes, et elle est accessible à un débutant.

Trois raisons expliquent sa supériorité. Elle ne demande qu'un seul bourgeon, donc vous pouvez multiplier les tentatives sur un même porte-greffe. Elle n'ampute pas le porte-greffe, qui reste intact en cas d'échec. Et son taux de reprise est le plus élevé, autour de 70 à 80 % en conditions correctes.

Les autres techniques ont leur place mais sont plus exigeantes. La greffe en fente convient à un porte-greffe déjà gros, mais elle le sectionne, donc l'échec est définitif. La greffe par incrustation, ou en placage, donne de bons résultats sur des sujets de gros diamètre mais demande une coupe très précise. La greffe anglaise exige que greffon et porte-greffe aient exactement le même diamètre.

Commencez par l'écusson. Vous passerez aux autres si vous prenez goût à l'exercice.

Comment greffer un citronnier en écusson, étape par étape ?

Prévoyez un greffoir bien affûté et désinfecté, du raphia ou des élastiques de greffage, et un sécateur.

  1. Choisissez le porte-greffe. Un jeune sujet d'un à deux ans, dont le tronc a le diamètre d'un crayon. Repérez une zone lisse, sans nœud, à 25 ou 30 centimètres du sol.
  2. Incisez en T. Tracez une barre horizontale d'un centimètre, puis une verticale de trois centimètres en dessous. Entaillez l'écorce uniquement, sans entamer le bois.
  3. Soulevez les bords délicatement avec la spatule du greffoir. Ils doivent se décoller sans se déchirer. Si ce n'est pas le cas, la sève ne circule pas assez : reportez l'opération.
  4. Prélevez l'écusson. Sur un rameau d'un an, découpez un bourgeon avec un bouclier d'écorce de deux à trois centimètres, en gardant le pétiole de la feuille comme poignée. Retirez le limbe de la feuille.
  5. Insérez l'écusson sous l'écorce soulevée, en le glissant du haut vers le bas jusqu'à ce qu'il soit bien à plat. Recoupez le haut du bouclier à ras de la barre du T si nécessaire.
  6. Ligaturez de bas en haut avec le raphia, serré mais sans écraser, en laissant impérativement le bourgeon et son pétiole à découvert.

Le point technique qui décide de tout : les couches vertes, le cambium, du greffon et du porte-greffe doivent être en contact. C'est là que la soudure se fait. Un écusson mal plaqué ne prendra jamais.

Le suivi. Après trois à quatre semaines, si le pétiole tombe seul et que le bourgeon reste vert, la greffe a pris. Desserrez alors la ligature. Attendez encore deux à trois semaines pour la retirer complètement, puis rabattez le porte-greffe à deux ou trois centimètres au-dessus du greffon pour lui donner toute la vigueur.

Comment greffer un citronnier par incrustation et en fente ?

Ces deux techniques s'utilisent sur des sujets plus gros ou lorsque l'écorce ne se décolle pas.

La greffe en fente se pratique en fin d'hiver, entre février et mars. Sectionnez le porte-greffe horizontalement, fendez-le verticalement sur trois à quatre centimètres, puis taillez le greffon en biseau double, en coin. Insérez-le dans la fente en alignant scrupuleusement les cambiums d'un côté, ligaturez et masticez toute la surface de coupe.

La greffe par incrustation, ou en placage, se pratique au printemps sur des sujets de gros diamètre. Vous découpez une encoche en V dans le porte-greffe et y logez un greffon taillé exactement à la même forme. Elle demande beaucoup de précision mais fonctionne bien quand l'écorce résiste.

Les deux méthodes partagent la même contrainte : le mastic à greffer est obligatoire sur toute la surface de coupe. Contrairement à l'écusson, ces greffes exposent le bois, qui se dessèche ou s'infecte en quelques jours sans protection.

Réservez ces techniques à un porte-greffe dont vous acceptez la perte en cas d'échec, puisqu'il est sectionné.

Comment prélever un greffon de citronnier ?

La qualité du greffon détermine une bonne part du résultat.

Prélevez sur un rameau d'un an, bien aoûté, c'est-à-dire ni tendre et vert, ni vieux et gris. Il doit provenir d'un arbre sain, productif, et de la variété que vous voulez obtenir.

Choisissez la partie médiane du rameau, où les bourgeons sont les mieux formés. Écartez la base, trop ligneuse, et l'extrémité, trop tendre.

Les bons bourgeons sont dodus, bien détachés du rameau, et situés à l'aisselle d'une feuille. Évitez les bourgeons plats ou avortés.

Pour l'écusson, prélevez le jour même, juste avant de greffer. Si vous devez transporter le greffon, enveloppez-le dans un linge humide et conservez-le au frais quelques heures maximum.

Pour la greffe de fin d'hiver en fente, les greffons se prélèvent en décembre ou janvier et se conservent au réfrigérateur, dans du sable humide ou un sac perforé.

Désinfectez toujours votre lame à l'alcool entre chaque prélèvement, et ne touchez jamais la surface de coupe avec les doigts.

Quel est le meilleur porte-greffe pour un citronnier ?

Le choix du porte-greffe détermine la rusticité, la tolérance au calcaire et la vigueur de l'arbre. C'est un paramètre invisible mais décisif.

Le Poncirus trifoliata est le plus utilisé en climat tempéré. Il est très rustique, jusqu'à moins 15 degrés sur le système racinaire, donne des arbres compacts adaptés à la culture en pot, et résiste bien aux maladies. Son défaut : il supporte mal le calcaire.

Le Citrange, hybride de poncirus et d'oranger, offre un compromis intéressant, avec une bonne rusticité et une meilleure tolérance au calcaire.

Le bigaradier, ou oranger amer, tolère bien le calcaire et donne des arbres vigoureux, mais il est moins rustique et sensible à certains virus.

Pour un citronnier destiné à un pot sous climat tempéré, le poncirus reste le meilleur choix : sa vigueur modérée limite naturellement le développement, ce qui convient parfaitement à un contenant. Si votre eau est très calcaire, préférez un citrange, et voyez notre guide sur la terre et le terreau du citronnier pour corriger le pH du substrat.

Notez que le porte-greffe influence aussi le volume racinaire nécessaire. Un sujet sur bigaradier, plus vigoureux, réclamera un grand pot XXL au volume généreux plus tôt qu'un sujet sur poncirus.

Comment trouver le point de greffe d'un citronnier ?

Le point de greffe est ce renflement ou cette cicatrice oblique visible sur le tronc, généralement à cinq ou quinze centimètres au-dessus du substrat.

Trois indices le trahissent. Un changement de diamètre ou de texture de l'écorce. Une couleur légèrement différente de part et d'autre. Et parfois un léger décalage d'axe entre le tronc et la partie supérieure.

Savoir le localiser est essentiel pour deux raisons pratiques.

D'abord parce que tout ce qui pousse sous ce point appartient au porte-greffe. Ces gourmands ont souvent des feuilles différentes et des épines plus longues, ils ne donneront jamais de citrons, et ils épuisent l'arbre. Supprimez-les systématiquement, dès que vous les repérez, à n'importe quelle saison, comme le rappelle notre guide sur comment tailler un citronnier en pot.

Ensuite parce qu'il ne doit jamais être enterré. Un point de greffe recouvert de substrat pourrit lentement, et l'arbre finit par produire des racines au-dessus de la greffe, ce qui annule tout l'intérêt du porte-greffe. Vérifiez sa position à chaque rempotage.

Peut-on greffer un oranger sur un citronnier ?

Oui, techniquement. Tous les agrumes appartiennent au genre Citrus ou à des genres très proches, et sont donc greffables entre eux.

Vous pouvez ainsi greffer un oranger, un mandarinier, un pamplemoussier ou un kumquat sur un citronnier, et inversement. Certains amateurs créent même des arbres à plusieurs variétés, avec deux ou trois greffons différents sur le même sujet.

Deux réserves cependant. Le citronnier constitue un porte-greffe médiocre : peu rustique, sensible au calcaire et aux maladies racinaires. Vous transmettriez ces faiblesses à la variété greffée dessus. Les pépiniéristes utilisent pour cette raison le poncirus ou le bigaradier.

Et sur un arbre multi-variétés, les branches ne poussent pas au même rythme. La plus vigoureuse finit par étouffer les autres si vous ne rééquilibrez pas par la taille chaque année.

En résumé : greffer sur citronnier fonctionne mais n'est pas optimal. Réservez cette pratique à l'expérimentation plutôt qu'à un arbre que vous voulez voir durer.

Quels sont les inconvénients du greffage ?

Le greffage n'a pas que des avantages, et il vaut mieux les connaître avant de se lancer.

Le taux d'échec. Même bien exécutée, une greffe réussit dans 70 à 80 % des cas. Un débutant tombera plutôt autour de 40 à 50 %. Multipliez les tentatives.

Les gourmands du porte-greffe. Un arbre greffé produit toute sa vie des rejets sous le point de greffe. C'est une contrainte d'entretien permanente, et les négliger affaiblit l'arbre.

Le point de faiblesse mécanique. La soudure reste une zone plus fragile, sensible aux chocs et aux vents violents pendant les premières années.

Le risque sanitaire. Un greffon prélevé sur un arbre porteur d'un virus transmet la maladie au sujet greffé. Ne prélevez que sur des arbres manifestement sains, en vous appuyant sur notre guide sur les maladies et parasites du citronnier.

La technicité. Contrairement au semis, le greffage demande un geste précis, un outil affûté et un timing correct. Ce n'est pas insurmontable, mais ça s'apprend.

Malgré tout cela, le rapport bénéfice-inconvénient reste très favorable : cinq ans gagnés sur la fructification valent largement ces contraintes.

Comment faire fleurir un citronnier non greffé ?

C'est la situation typique après un semis réussi : l'arbre pousse bien mais ne fleurit jamais.

La réponse honnête est qu'on ne force pas la floraison d'un sujet juvénile. Tant que l'arbre n'a pas atteint sa maturité physiologique, aucun engrais, aucun stress hydrique et aucune taille ne déclencheront de fleurs. Il faut attendre ses six à huit ans, ou le greffer. Notre article sur le citronnier qui ne fleurit pas ou ne donne pas de fruits détaille les autres causes possibles.

Vous pouvez malgré tout accélérer sa maturité par trois leviers. Une lumière maximale, six à huit heures de soleil direct. Une croissance soutenue par une fertilisation régulière. Et un volume racinaire suffisant : un arbre confiné retarde sa maturité de plusieurs années.

Ce dernier point est celui qu'on sous-estime le plus. Un citronnier de semis maintenu dans un petit pot pendant six ans n'aura toujours pas la biomasse nécessaire pour fleurir. Le passer dans un grand pot XXL adapté aux agrumes dès qu'il atteint un mètre lui permet de constituer les réserves qui déclencheront sa mise à fleur. Et pour un sujet qui vit dehors l'essentiel de l'année, un pot d'extérieur résistant au gel lui évitera les chocs hivernaux qui coûtent chacun une saison de croissance, et donc de maturité.

La vraie solution reste cependant le greffage. Quelques minutes de travail en mai, un an d'attente, et votre plant de semis produira ses premiers citrons trois ans plus tard au lieu de huit. Pour le reste du programme annuel, voyez notre guide sur l'entretien d'un citronnier en pot.

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